Textes


C’EST MA TASSE, C’EST MA PLACE
Texte pour l’exposition personnelle de Valentine Traverse
Glassbox / Mars 2024






C’est ma place, c’est ma tasse






Il vous arrive un Coup Dur
Renversement, isolement
S’effondrer en tenant ensemble.

Le fatras de la déchetterie, société des rebuts, dont on ignore, apparemment,
s'il y a un ordre quelconque, une volonté organisatrice, significative derrière cela.
L’effort certain est de tenir-ensemble en s’appuyant sur rien que cette étrange collectivité. Qui s’éclairent même, elles-seules, plongeant dans l’obscurité, les confins, du lieu qu’elles occupent, temporairement. Il en émane des rêves inquiets, flous et calmants. Est-ce que c’est une pépinière hors-sol ? Pourtant il nous arrive les échos du monde,
« la multitudes d'extériorité »*, ce monstre incompréhensible. Ce sont des pratiques absurdes et douteuses mais finalement le temps accéléré du quotidien, n’est-il pas un visage déformé et hilare quand on le voit sous cet angle ?   


Face aux enjeux sociétaux multiples que nous rencontrons aujourd’hui, en appeler à la distraction peut apparaître comme l’éloge de la fuite individualiste. Cependant selon Yves Citton, elle aurait la capacité de déjouer l’optimisation toujours plus productive de notre attention en créant des nouvelles manières de percevoir notre environnement. Ainsi, « Il s’agit plutôt de se (re)demander ce qui nous fait réellement et soutenablement tenir ensemble ».








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Traverse, de travers

* Ce qu’il condamne, c’est la fausse unité centripète imposée par les prétentions artistiques d’un esthétisme réactionnaire, qui « couvre de draperies » ce que la distraction a de plus « significatif » en ce qu’elle nous confronte à « la multitude d’extériorités » qui nous sollicitent, à « l’immaîtrisable enchevêtrement de notre monde » et à la virtuosité d’« improvisation » que ce « désordre de la société » exige de nous.
Yves Citton citant Siegfried Kracauer, « Culte de la distraction. Les salles de spectacle cinématographique berlinoises » [1926], in Le Voyage et la Danse. Figures de ville et vues de films, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1996.

Valentine Traverse pratique une politique de la distraction*,
inventant des solutions technico-intellectuelo-désiro-pratiques
Afin de différer les Attentes d’Attention Assidue.

Ne pouvant se résoudre à ce qu’il y ait un Bien et un Mal
Ce sont des pratiques de sauvetage et de recyclage
Du médiocre et de l’inutile, Du bon (art) et du mauvais (art)
Dans le Quotidien et le Domestique.   
La politique de la distraction est superficielle
Valentine Traverse génère
un Effondrement convexe, une refonte de la (sur)face
Visage-écran cosmétique-cosmique
Un Château d’Angoisses à habiter sereinement,
par le dehors rentrant sur le dedans.
Pas de dénonciation du Contemporain
qui alimente le FEU DE l’ATTENTION mais un gouffre
Kafkaesque où se prendre les Yeux dans le tapis.
Pas de repli sur soi chaotique
Mais il faut encore conserver et mettre en ordre,
Garder une Place pour les choses sans Valeur, à-Venir
C’est une pratique du recyclage, non pas en tant que remettre en circuit, optimiser, extraire.
Mais comme condition environnementale régressive, horizontalité radicale. TRANSFORMation
La fast-fashion devient le lierre invasif d’un éco-système chaotique en phase d’effondrement, où la nature Distractive de la main et de l’oeil, est tendue par la langue qui parle.
L’ARMOIRE DE DOS [die Apperzeption] est capable de répondre à des tâches nouvelles.
Habiter ses orifices (mode tactile d’attention architecturale (distraite))
À l’horizon, l’intervalle entre l’oeil et la main, se saisit des objets domestiques pour les mettre à la bouche, phase nécessaire avant de « poser un mot » sur les choses.
Mot objectivé en petit bout de papier coloré, timbre-poste humide léché.
Colle à papier bouillie odorante ou mettre les doigts, visiter les recoins, se rassurer des limites par l’ajout d’objets transitionnels, salis par les humeurs du corps.
Tasse-à-café-d’humeurs, de sérotonine et de dopamine

Devant ses dessins je me sens neuro-quelconque.
On ignore trop souvent la poussée expressive du champ*
Le champ des dessins est un
Halo ou une lentille sale
Griffé, sali, mouillé
Une maladie, une rougeur, un gros bleu
La vibration suspecte d’un linge sale
LE PAPIER GRAS








*CITTON, Yves.
« Éloge écopolitique de la distraction
à l’âge de l’effondrisme »
Dans : Politiques de la distraction

































*Erin Manning et Brian Massumi,
« Vivre dans un monde de textures.
Reconnaître la neurodiversité »